Un nouveau gène responsable de l’épilepsie myoclonique juvénile ?

16/03/2018

L’épilepsie myoclonique juvénile (EMJ) est une maladie fréquente qui démarre à l’adolescence par des crises épileptiques caractérisées par des secousses musculaires des ceintures scapulaires, des absences ou des convulsions. Malgré son caractère spectaculaire et invalidant, cette maladie reste relativement bénigne. L’imagerie cérébrale chez ces patients est normale, ce qui n’est pas étonnant car on observe en neurologie de nombreuses affections du cerveau, parfois plus graves telles que l’autisme ou la schizophrénie, chez lesquelles le cerveau ne présente pas, en apparence, de lésions sévères à l’examen IRM cérébral standard.

 

Ces découvertes ouvrent la porte à une explication possible de cet apparent paradoxe. Ce groupe de pathologies cérébrales, à cerveau « normal », pourrait bien être le résultat d’anomalies dans la construction précoce, au cours du développement embryonnaire, de circuits neuronaux anormaux au sein du cortex cérébral.

 

C’est une hypothèse que les chercheurs de l’Université de Liège avaient déjà formulée en 2009 dans un article paru dans Nature Neuroscience à propos d’un premier gène dénommé Myoclonine 1 *. Ils avaient étudié les propriétés de ce gène alors inconnu et montré qu’il jouait, au cours du développement embryonnaire du cerveau in utero,  un rôle capital dans la migration des précurseurs de cellules nerveuses, des neurones en particulier, processus qui était perturbé si ce gène comportait les mutations décelées chez les humains épileptiques.

 

« Nous venons de découvrir, dans certaines familles de patients épileptiques, un deuxième gène qui fait l’objet de l’actuelle publication dans The New England Journal of Medicine, note le Professeur Thierry Grisar, qui a mené cette recherche avec Laurence de Nijs et Bernard Lakaye au GIGA Neurosciences de l’ULiège Il s’agit cette fois d’un gène codant une enzyme connue mais dont le rôle dans le cerveau et en épilepsie était totalement inconnu. Nous montrons que cette protéine joue également un rôle important dans le contrôle de la migration des neuroblastes au cours du développement du cerveau. »

 

Le processus migratoire des futurs neurones du futur cortex cérébral est déterminant dans l’organisation histologique et microscopique du manteau cortical cérébral. C’est au cours de cette étape biologique importante que les neurones prennent leur place définitive, s’installent dans des circuits électriques de plus en plus complexes. Une erreur dans ce programme génétique peut déboucher sur des anomalies à l’échelle microscopique suffisantes pour perturber le fonctionnement fin de ces circuits et produire les symptômes caractéristiques de ces maladies neurologiques « non lésionnelles ».

 

« Désormais, ajoute le Pr Thierry Grisar, nous essayons d’illustrer plus avant cette hypothèse et de mieux comprendre les mécanismes moléculaires responsables de ce retard de migration causé par ces gènes mutés dans ce groupe d’affection neurologique. Ceci est indispensable si l’on veut, à terme, proposer aux patients un apport thérapeutique significatif et rationnel. »

 

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Référence

 

Variant Intestinal-Cell Kinase in Juvenile Myoclonic Epilepsy, The New England Journal of Medicine, 2018 ; 378 :1018-28. DOI : 10.1056/NEJMoa1700175

http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1700175

 

*http://www.reflexions.uliege.be/originesepilepsie


Pr Thierry Grisar, GIGA Neurosciences, Université de Liège

Tel +32 (0)4 366 59 50, tgrisar@uliege.be

 

Bernard Lakaye, Chercheur qualifié FNRS, GIGA Neurosciences, Université de Liège

Tel +32 (0)4 366 59 64,  B.Lakaye@uliege.be