Life after GIGA #27 Pierre Foidart
Janv 2023
Durant ses études de médecine, Pierre découvre l'oncologie et n'a plus de doute : il veut se spécialiser dans ce domaine. Le Professeur Jérusalem l'incite alors à réaliser une thèse de doctorat en parallèle de sa formation clinique. Il débute ainsi sa thèse en 2015 sous la direction d'Agnès Noël et Nor-Eddine Sounni au LBTD. Il a ensuite l'opportunité de rejoindre le Dana-Farber Institute fin 2019 où il réalise toujours actuellement son post-doctorat avant de revenir terminer sa dernière année d'assistanat au CHU. Une expérience enrichissante dans un environnement ultra stimulant, riche en termes de rencontres et collaborations.
Life after GIGA", une série que vous retrouvez un vendredi sur 3 sur notre page facebook ou notre compte instagram. Le but de ces portraits est de prendre des nouvelles des "anciens" mais aussi de montrer la diversité des parcours après un passage au GIGA. Vous pourrez lire l'interview de personnes travaillant désormais à l'étranger (de manière temporaire ou définitive), de personnes travaillant dans d'autres universités ou dans le privé. Cette semaine, c'est au tour de Pierre Foidart de nous parler de son parcours. Merci Pierre pour ton témoignage.
Salut Pierre, peux-tu te présenter et expliquer ta fonction actuelle ?
J’ai 33 ans, je suis originaire et amoureux de la région liégeoise, et je travaille actuellement comme chercheur postdoctorant au Polyak laboratory du Dana-Farber Cancer Institute (Harvard Medical School) à Boston depuis Novembre 2019.
Quel a été ton parcours jusque maintenant ?
J’ai obtenu mon diplôme de médecine en 2014 à l’Université de Liège. Lors du premier master en médecine, nous étions en tant qu’étudiants amenés à assister à des consultations chez des spécialistes. J’ai eu un franc déclic après avoir été en oncologie médicale au près du Docteur Andrée Rorive. J’ai été fasciné par l’approche humaine de la prise en charge de patients présentant des maladies anxiogènes et où la connaissance très précise du sous-type exact de cancer menait à une succession potentiellement fort différente de différents traitements (et donc d’effets secondaires variés). Après plusieurs stages dans le département d’oncologie médicale, je n’avais plus trop de doute sur la spécialité que je souhaitais réaliser. Lors de la présentation de ma candidature au Professeur Guy Jerusalem, il m’a incité à réaliser une thèse de doctorat en parallèle de la formation clinique (avec des périodes alternées de 6 mois en clinique et 6 mois en laboratoire).
C’est ainsi qu’en avril 2015, 6 mois après avoir commencé mon assistanat de médecine interne, je commençais une thèse de doctorat en sciences biomédicales et pharmaceutiques au laboratoire de biologie des tumeurs et du développement (LBTD) chez le Professeur Agnès Noël. Agnès Noël et Guy Jerusalem furent mes prometteurs et le Docteur Nor-Eddine Sounni me supervisait au quotidien.
Après notre publication en 2018 dans Clinical Cancer Research et après avoir défendu ma thèse en septembre 2019, j’ai rejoint le Dana-Farber. L’offre d’emploi ne pouvait pas être postposée et j’ai dû faire le choix de suspendre la réalisation de mon assistanat (il me reste encore un an de formation clinique pour obtenir mon diplôme d’oncologue médical). C’était cependant une opportunité unique de rejoindre un centre mondialement reconnu de recherche sur le cancer et je ne regrette pas cette décision.
Tu vois cela comme une continuité de ce que tu faisais au GIGA ?
En un sens oui car je continue de travailler sur le ou plutôt les (vu leur hétérogénéité) cancers du sein triple-négatif (TNBC). Mes connaissances cliniques issues de ma formation au département d’oncologie médicale ainsi que les acquis obtenus au LBTD m’ont aidé à arriver ici et m’y adapter. Mais je travaille sur des aspects différents de ces cancers. Au GIGA, le travail consistait à trouver une piste de traitement différente que la chimiothérapie pour ces cancers. Nous avons démontré que la combinaison d’un anti-EGFR (Erlotinib) et un inhibiteur du cycle cellulaire (le Palbociclib, un anti CDK4/6) était très efficace contre les TNBC exprimant 3 biomarqueurs (Rb, EGFR et MT4-MMP) dans des modèles in vitro et in vivo (incluant des PDX = patient derived xenografts). La présence simultanée de ces 3 biomarqueurs se retrouvait chez environ 50 % des cas cliniques humains que nous avons analysés. En revanche, je m’intéresse ici plus nettement à des aspects de la réponse immunitaire à ces cancers et comment ceux-ci parviennent à y échapper et à des aspects de doublement du génome (tétraploïdie).
Qu'aimes tu particulièrement dans ce que tu fais actuellement ?
Tout d’abord c’est le fait d’être à 100 % concentré sur la recherche. La clinique et le contact avec les patients me manquent énormément mais un futur médecin ne reçoit pas la même formation qu’un étudiant de sciences biomédicales ou de biologie. A la fin de ma thèse, il me semblait évident que si je voulais devenir un jour un bon chercheur autonome apte à mener des projets fondamentaux ou translationnels, cela devait passer par une période de plusieurs années à me concentrer sur le travail en laboratoire. La recherche translationnelle a besoin de cliniciens capables de communiquer avec les autres scientifiques et de réellement comprendre les enjeux et difficultés de la recherche fondamentale. Et pour y arriver, je devais me consacrer quelques années consécutives à celle-ci.
Par ailleurs, c’est l’accès toujours rapide à des technologies de pointe et même la possibilité d’assister sur place à la création de nouveaux protocoles et techniques qui vont ensuite se répandre mondialement. C’est grisant.
Ensuite, j’adore les échanges plurihebdomadaires d’idées dans des groupes de travail réunissant des chercheurs souvent connus mondialement. Ainsi à peine quelques semaines après mon arrivée, j’assistais à Dana-Farber à une lecture du prix Nobel de médecine 2019, William Kaelin. J’ai aussi eu la chance de rencontrer David Livingston dont le travail a permis de comprendre le rôle des mutation BRCA1/2 ou encore, comme vous pouvez le voir sur la photo ci-dessous, Robert Weinberg, célèbre pour la détermination des hallmarks du cancer (...je promets que c’était bien un séminaire d’oncologie et non de chasse et pêche).
Le niveau d’émulation intellectuelle ici à Boston est absolument époustouflant et c’est une chance de pouvoir y assister en tant que jeune chercheur. Outre ces échanges d’idées, nous collaborons en permanence dans nos projets de recherche avec d’autres laboratoires de mon centre mais aussi du tout Boston, de New-York et du monde entier. J’avais déjà eu la chance à Liège de bénéficier d’une collaboration avec une équipe de l’Institut Curie et avec d’autres laboratoires du GIGA. Mais le niveau de collaborations et échanges ici au Dana-Farber est bien supérieur à tout ce que j’avais imaginé en arrivant en novembre 2019.
Enfin, c’est aussi qu’on laisse une réelle chance à beaucoup d’idées pour autant qu’elles aient évidemment un minimum de base rationnelle. Un jeune chercheur peut vraiment tester bon nombre de ses hypothèses sans trop de restriction.
Je ne suis évidemment pas naïf. Tous ces aspects que je chéris ici sont évidemment liés à des financements bien supérieurs à tout ce que nous pouvons retrouver ailleurs.
En quoi ton expérience au GIGA t'est-elle utile aujourd'hui et quels sont pour toi les points positifs du GIGA ?
J’ai reçu un super encadrement au GIGA et revoir Agnès ou Nor-Eddine et les membres du LBTD (bon nombre ont changé cela dit désormais) est toujours un plaisir. J’y ai fortement aiguisé mon esprit critique et ma rigueur scientifique. Et j’y ai appris énormément de techniques tant en in vitro et in vivo que j’utilise au quotidien. Je dois énormément au GIGA et à des personnes comme Agnès ou Nor-Eddine dans mon parcours. Ils m’amenaient à lire énormément de littérature et parfois je ne comprenais pas d’emblée les liens avec notre projet. Ils me poussaient à contacter d’autres chercheurs pour apprendre à leurs côtés des techniques. Sans m’en être rendu compte, j’ai progressivement appris avec leurs conseils à devenir un scientifique plus rigoureux et à être apte à rédiger et présenter de mieux en mieux des travaux. Cela ne s’oublie pas
Nous n’avons peut-être pas les incroyables ressources financières des centres américains, mais nous ne manquons certainement pas au GIGA de chercheurs de haut niveau prêts à collaborer. Le GIGA a aussi un environnement international et multiculturel que j’adorais lors de ma thèse. Les chercheurs y ont de grandes qualités d’adaptation, de réflexion et de dynamisme. Et plusieurs plateformes du GIGA n’ont rien à envier à celle du Dana-Farber (spontanément je pense par exemple à l’incroyable plateforme de cytométrie en flux mais elle n’est pas la seule, loin de là).
Comment se passe la vie à Boston ?
Boston est une très belle ville et il est très agréable d’y vivre. On y rencontre des gens extrêmement intéressants venus de la planète entière et travaillant dans des secteurs très variés. Les saisons y sont très marquées avec un été indien, un automne absolument sublime et un printemps où fleurissent les cerisiers du Japon près de chez moi. La vie culturelle y est assez sympa (on a même récemment vu Stromae). Malheureusement en revanche, le prix global de la vie y est assez cher. J’ai un peu le mal du pays mais l’expérience globale de vie d’expatrié aux USA est très enrichissante et je ne regrette en rien celle-ci même si la pandémie a franchement entravé celle-ci au début de mon posdoctorat. S’adapter à une culture de vie et de travail différente est un challenge qui fait grandir en tant que personne également. Et j’ai évidemment considérablement amélioré mon anglais même si je n’ai pas su me débarrasser de ce terrible accent "frenchie" qui amène tous les gens à me demander d’où je viens en France…Pour un pur belge, c’est assez ironique…
Comme te vois-tu évoluer durant les prochaines années ?
Je compte revenir travailler au CHU de Liège et au GIGA. La priorité sera d’obtenir le diplôme d’oncologue médical et d’obtenir un mandat FNRS pour poursuivre la double carrière de clinicien-chercheur. Avec l’institut de Cancérologie Arsène Burny et les équipes chevronnées tant en clinique qu’au GIGA, il y a à Liège un super cadre pour poursuivre ma carrière.
Vous avez aimé cette interview? Retrouvez un nouveau portrait un vendredi sur 3 ! Je vous donne donc rendez-vous le vendredi 3 février pour le portrait #28 !
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