Life after GIGA #31 Virginie Renoux

Octobre 2024


Il y a des parcours plus originaux que d'autres, celui de Virginie en fait partie. Après un master en biologie à Tours (France), passionnée par l'infectiologie et l'immunologie, elle arrive à Liège pour effectuer sa thèse de doctorat sous la direction de Nathalie Jacobs. Elle s'envole ensuite pour la Suède pour y réaliser un post-doctorat. L'envie de revenir près de ses proches la fait rentrer ensuite en France, mais elle ne trouve pas sa place dans son nouveau labo et la difficulté d'obtenir un poste de chercheur la décourage. Elle décide alors en 2015 de reprendre des études de médecine, une idée qui lui avait déjà trotté en tête. Virginie est actuellement médecin généraliste remplaçante en Indre et Loire, en attendant de passer sa thèse de médecine d'ici quelques semaines et de pouvoir ouvrir son propre cabinet.

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© GIGA

Life after GIGA » est une série de portraits que vous pouvez retrouver de temps en temps sur notre page facebook, linkedin ou notre compte instagram. L'objectif de ces portraits n'est pas seulement de prendre des nouvelles des « anciens », mais aussi de montrer la diversité des parcours professionnels après un passage chez GIGA. Vous pourrez y lire des interviews de personnes travaillant aujourd'hui à l'étranger (temporairement ou définitivement), ou de personnes travaillant dans d'autres universités ou dans le secteur privé. 

Bonjour Virginie, peux-tu te présenter et expliquer ce que tu fais aujourd'hui ?

Je m’appelle Virginie (Renoux à l’époque du GIGA, Dropsy maintenant), j’ai 41 ans et je viens de finir mon internat de médecine générale (la 9ème et dernière année des études de médecine en France si on a choisi la spécialité de médecine générale) et je suis donc en train de rédiger ma thèse de médecine. Je suis maintenant médecin généraliste remplaçante donc je remplace des médecins dans les cabinets aux alentours de chez moi en attendant de passer ma thèse de médecine le 5 décembre 2024 et de pouvoir m’installer dans mon cabinet par la suite. J’ai pimenté mes études de médecine en élevant en même temps mes deux enfants, bref ça a été des années très chargées !

Quel a été ton parcours jusqu'ici ? Pourquoi avoir voulu reprendre des études de médecine ?

Mon parcours est assez atypique mais tout s’est assez bien articulé finalement ! Je n’ai pas encore précisé que j’étais française et mon parcours avant mon doctorat a été réalisé dans des écoles françaises. J’ai passé mon baccalauréat en 2001 et j’avais choisi de faire des études en lien avec le monde de l’équitation mais une vilaine blessure au genou m’a forcé à me reconvertir, j’ai donc choisi de rejoindre la faculté de biologie de Tours pour faire un DEUG de science et vie de la terre puis une licence de biochimie et enfin un master de biologie cellulaire et moléculaire, infectiologie. J’ai rejoint l’université de Liège à la suite pour réaliser ma thèse de doctorat en sciences biomédicales sous la direction de Nathalie Jacobs dans le laboratoire de Pathologie expérimentale de Philippe Delvenne et du GIGA. A la suite de mon doctorat j’ai réalisé un post doctorat à l’université de Lund en Suède au sein du laboratoire d’Ewa Sitnicka. J’ai toujours voulu travailler dans le domaine de l’infectiologie et de l’immunologie c’est pourquoi j’ai toujours choisi des sujets en lien avec ces domaines : les mutations du virus HIV chez des patients sous tri-thérapie en Master1, l’immunisation contre le virus de l’hépatite E en Master 2, le rôle des cellules Natural killer dans le développement des lésions dues au virus HPV16 pour ma thèse et la cartographie des progéniteurs des cellules NK chez l’homme en post doc.

Après mon post doctorat, j’avais vraiment envie de rentrer en France retrouver ma famille et mon mari car l’éloignement géographique commençait à me peser. J’avais trouvé un poste à l’école des hautes études à Paris pour poursuivre mon travail sur la cartographie du système immunitaire humain mais je n’ai pas trouvé ma place au sein de ce laboratoire et la difficulté d’obtenir un poste de chercheur dans une unité de recherche en France m’a également découragée. L’idée de reprendre des études de médecine m’avait déjà effleurée à plusieurs reprises dans mon parcours mais j’avais toujours choisi de poursuivre dans la voie de la recherche scientifique. La médecine avait un côté un peu évident à cause de mon parcours focalisé sur des pathologies humaines ; et gardait le côté rigoureux et scientifique qui me plaisait tant.

J’ai déposé mon dossier à l’université de médecine de Tours en 2015 pour obtenir une passerelle d’accès direct en 3ème année des études médicales grâce à mon doctorat en sciences biomédicales que j’ai obtenu du 1er coup. J’ai donc repris mes études de médecine en septembre 2015, j’ai passé le concours de l’internat en 2020 et j’ai donc choisi de me spécialiser en médecine générale. L’idée de poursuivre la recherche en même temps que mes études de médecine m’a longtemps poursuivie mais j’ai décidé de me consacrer à 100% à la médecine et je ne regrette pas du tout ce choix aujourd’hui !  

Ton travail actuel a t’il des liens avec ce que tu faisais au GIGA ?

J’ai envie de répondre oui même si ce n’est pas vraiment évident! Quand j’étais au GIGA, je produisais des particules virales vides de papillomavirus pour étudier l’interaction entre ces particules et les cellules Natural killer pour comprendre comment les cancers du col se développaient. Aujourd’hui je vaccine des adolescents avec ces mêmes particules, qui sont aujourd’hui contenues dans les vaccins, pour les protéger contre les cancers induits par HPV, je fais des frottis chez les femmes pour dépister les lésions pré-cancéreuses et les cancers HPV induits donc il y a une suite logique quelque part !

Qu’aimes-tu le plus dans ce que tu fais aujourd'hui ?

J’aime le coté très concret de la médecine : les gens viennent avec un problème ou des symptômes et j’essaie d’apporter une solution, un diagnostic, un traitement pour répondre à leur demande. J’aime le contact avec les patients, le suivi que je peux avoir sur plusieurs semaines, plusieurs mois, que ce soit pour des choses réjouissantes comme un suivi de grossesse, un suivi de nouveau-né ou encore des choses plus graves comme un accompagnement après un diagnostic de cancer. Mon travail change à chaque consultation, à chaque patient et c’est ça que j’aime dans la médecine générale. J’ai choisi de pratiquer à la campagne pour être vraiment proche de mes patients, d’être un médecin de famille qui est vraiment le premier recours d’accès aux soins, de consulter au cabinet mais aussi de me déplacer au domicile des personnes âgées. Mais la médecine change et évolue sans cesse, il faut toujours chercher dans la littérature donc je lis encore des revues scientifiques, des essais cliniques… tout cela est quelque part toujours très proche de ce que je faisais au GIGA d’un certain côté.

De quoi es-tu la plus fière dans ta carrière ?

C’est difficile de répondre à cette question… je suis fière de tout mon parcours qui est plutôt riche ! Je suis très fière de ce que j’ai réalisé pendant mon doctorat au GIGA, d’avoir appris à utiliser de la microscopie électronique, de la microscopie confocale, de la cytométrie en flux… je me suis d’ailleurs spécialisée dans cette technique pendant mon post doc pour réaliser des marquages cellulaires avec plus de 10 couleurs ce qui était très difficile à mettre au point. J’ai écrit plusieurs articles scientifiques dont un publié dans Immunity, je ne pense que j’aurai pu mieux faire en tous cas ! Je suis fière également d’avoir repris mes études à plus de 30 ans, d’avoir mené conjointement ma vie familiale et professionnelle et d’en être là aujourd’hui ! Peut-être que je pourrai répondre plus facilement à cette question le 5 décembre quand j’aurai défendu ma deuxième thèse !

En quoi ton expérience au GIGA t’a-t-elle été utile pour tes études de médecine ?

Mon expérience au GIGA m’a été utile pendant mes études car il y a une matière qui s’appelle « Lecture critique d’article » qu’il faut valider pendant les études de médecine ; le fait d’avoir participer à de nombreux « journal club » m’a été bien utile pour valider cette matière ! J’avais aussi participé à différentes opérations de vulgarisation scientifique lors de mon doctorat au GIGA (visites dans les écoles, visite des laboratoires lors des opérations portes ouvertes du GIGA) et tout cela m’est utile au quotidien. Les patients apprécient énormément qu’on leur explique la physiopathologie de telle ou telle maladie et que je ne parle pas avec un langage médical hermétique.

Quels étaient pour toi les principaux points positifs du GIGA ?

Je trouve qu’au GIGA il existe une entraide assez remarquable. Si on a besoin d’un anticorps, de cellules, de quoi que ce soit en matériel ou en conseils sur telle ou telle technique, on envoie un mail en intranet et on a toujours une réponse ! Il existe vraiment une émulation scientifique lors des différents meetings, « journal club » et autres séminaires qui sont organisés. Je me rappelle avoir été ennuyée par des western-blots à un moment de ma thèse et j’avais trouvé au sein du GIGA les personnes parfaites pour m’aider ! Le fait aussi qu’il y ait plein de nationalités crée aussi une ambiance de travail très sympathique !

Quels conseils donnerais-tu à quelqu'un qui commence une thèse ou un postdoc au GIGA ?

Je lui conseillerai de participer activement à la vie du GIGA : aux séminaires, aux « journal clubs », de ne pas avoir peur de présenter son travail, même les expériences négatives ou qui ne donnent pas les résultats souhaités car le regard des autres membres du GIGA permet de rebondir, d’aller de l’avant, de comprendre ses erreurs et d’améliorer son travail. Le fait d’écouter les travaux des autres, même s’ils paraissent très éloignés de notre domaine, permet aussi d’acquérir des nouvelles connaissances qui pourraient être utiles à un moment donné.

Comment te vois-tu évoluer dans les prochaines années ?

La prochaine étape est de publier ma thèse dans un journal de médecin générale. C’est de la recherche qualitative donc très loin de ce que je faisais avant mais j’ai gardé cette envie d’aller jusqu’au bout des choses et donc de publier mes recherches ! Ensuite je vais m’installer dans mon cabinet de médecine générale. Je pense que je ferai les formations pour accueillir des étudiants en médecine, externes et internes, pour transmettre mes connaissances et mon expérience car je pense que celle-ci peut être utile aux plus jeunes. J’ai vraiment l’impression d’être vieille en écrivant ça :-)

 

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modifié le 16/10/2024

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