Life after GIGA #33 Cécile Van de Weerdt

Décembre 2024


Pour ce nouvel épisode de "Life after GIGA", j'ai été à la rencontre de Cécile. Il y a quelques années, après plus de 20 ans dans la recherche biomédicale au GIGA, Cécile a pris un virage à 180° pour suivre son intuition et s'engager dans le développement durable. Convaincue que l'Université représentait un des endroits les plus propices pour agir pour la transition, elle a créé le Green Office de l'ULiège il y a 5 ans. Engagée, passionnée et passionnante, elle pourrait parler pendant des heures de sa nouvelle vie professionnelle, dans laquelle elle se sent profondément alignée.

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© GIGA

Life after GIGA » est une série de portraits que vous pouvez retrouver de temps en temps sur notre page facebook, linkedin ou notre compte instagram. L'objectif de ces portraits n'est pas seulement de prendre des nouvelles des « anciens », mais aussi de montrer la diversité des parcours professionnels après un passage chez GIGA. Vous pourrez y lire des interviews de personnes travaillant aujourd'hui à l'étranger (temporairement ou définitivement), ou de personnes travaillant dans d'autres universités ou dans le secteur privé. 

Salut Cécile, peux-tu te présenter ?

Je suis la maman de 3 grands enfants (25, 27 et 29 ans), je suis passionnée par les sciences et amoureuse du grand air et de la nature. J’aime la créativité et développer les projets en équipe. J’ai l’intime conviction que face aux défis actuels, il va falloir déployer beaucoup de ressources immatérielles, aller chercher le meilleur chez chacun au profit de projets qui visent le Bien Commun. L’idée de mélanger sciences et développement personnel pour aller hors de notre zone de confort me plait. Pour me définir, je dirais que je suis un peu aventurière aussi. Il y a un slogan qui dit « il faut être les meilleurs au monde », moi je préfère « il faut être les meilleurs POUR le monde ». C’est mon fil conducteur, essayer de donner le meilleur de soi pour un monde meilleur et entraîner un maximum de personnes sur cette voie.

Que fais-tu actuellement ?

J’ai créé le Green Office il y a presque 5 ans, j’en suis la coordinatrice. La raison d’être du Green Office c’est de mobiliser et d’accompagner la communauté ULiège - 30 000 membres - pour booster son engagement pour la transition à travers à la fois la dimension citoyenne de chaque membre et aussi à travers leurs missions pour l’université, en insufflant l’ADN de la durabilité. Pour cela, il faut permettre à chacun de comprendre les grands défis de la durabilité, car c’est une thématique complexe. Il faut expliquer les différentes dimensions de la durabilité pour que chaque acteur ait les clés pour naviguer dans la durabilité avec un esprit éclairé. Au Green Office, nous préférons éveiller l’esprit critique, respecter l’autonomie de la pensée plutôt que de tenir des discours d’opinions dogmatiques. Nous avons la chance à l’université d’avoir une communauté qui raisonne sur des bases scientifiques. Nous nous appuyons sur la science et les conseils de nos experts pour accompagner la volonté de changement de nos membres et les aider à passer du verbe à l’action ! La science du comportement explique les leviers qui nous pousse à adopter un nouveau comportement en faveur de la durabilité. Selon  C. Klöckner* il y en a 3 majeurs. Le premier, c’est l’intention, qui dépend de nos valeurs, de nos connaissances et de notre sentiment de responsabilité. Cette intention dépend aussi de la norme sociale. On travaille sur ce premier levier à travers nos contenus et évènements de sensibilisation. Le deuxième levier c’est l’installation de nouvelles habitudes. Pour changer une habitude, il faut commencer par un petit pas. On va donc proposer à nos membres de faire des challenges, ce sont des propositions de premiers pas vers une nouvelle habitude. Nous faisons valider par nos experts les informations qu’on partage. On invite aussi nos enseignants à construire de nouveaux challenges avec les étudiants dans le cadre des cours. Les premières expériences sont encourageantes : les étudiants et les professeurs ont beaucoup aimé l’exercice ! Le troisième levier pour un changement de comportement concerne les contraintes objectives (comme par exemple installer des pistes cyclables sécurisées pour favoriser la mobilité douce) ; nous n’agissons pas à ce niveau-là.

Quel a été ton parcours au GIGA avant cela ?

J’ai fait un doctorat en biochimie dans le laboratoire du Professeur Joseph Martial. J’étudiais l’expression du gène de la prolactine humaine. C’était au début des années 90, la période du plein boom de la biologie moléculaire et du génie génétique. C’était très stimulant intellectuellement. Après ma thèse, Joseph Martial m’a demandé de piloter une de ses équipes dédiée au design de protéines artificielles. Assez vite, j’ai orienté nos recherches dans le domaine de la biomimétique moléculaire, avec des projets appliqués, en collaboration avec l’industrie. Au cœur de cette recherche nous combinions les sciences du vivant et des matériaux afin de créer des revêtements de surface bio inspirés. J’ai beaucoup aimé cette sortie collective de notre zone de confort. C’est ce qui me motive le plus : partir d’une idée et la développer en projet, en équipe. Dans le courant de l’année 2018, j’ai quitté le GIGA pour contribuer au développement d’une dynamique de développement durable pour notre université. Fin de l’année 2019, les autorités de l’époque m’ont proposé de créer un Green Office.

On peut dire que tu as changé complètement de voie. Quel a été ton déclic ou ton chemin pour y arriver ?

A la base, il y a ma passion pour la nature : sa beauté, son génie, sa diversité. Aller vers la durabilité, c’est ma réponse à un sentiment fort d’urgence et de responsabilité. Je suis convaincue qu’en faisant épanouir le meilleur de la nature humaine et en imprimant un mouvement d’intelligence collective, l’Humanité à la capacité de se ré-orienter sur une trajectoire durable.  Cette conscience ne cessait de croître, je ressentais un besoin fort d’aligner mes convictions et mon métier. J’avais le sentiment que je DEVAIS le faire. J’étais convaincue aussi que l’Université est un lieu idéal pour opérer cette transition. A l’université, il y a une culture de l’innovation et de la collaboration ainsi qu’un terreau incroyable d’experts et une grande population de jeunes qui sont demandeurs de changement. J’ai commencé à lire beaucoup d’essais sur la durabilité, ce domaine me passionne car il touche beaucoup de disciplines scientifiques. En 2014, j’ai repris en cours du soir une maîtrise en management environnemental à HEC. J’ai été et je vais toujours écouter beaucoup de conférences. En 2018, j’ai shifté. Je voulais garder l’angle d’attaque scientifique et je réfléchissais : « avec le meilleur de la science, qu’est-ce qu’on peut faire localement pour, à notre niveau, changer les choses ? ». A l’échelle locale, la population de l’ULiège, c’est 1/8eme de la population liégeoise. C’est un beau challenge de motiver une grande communauté ! Une université est un endroit idéal pour construire le changement, et je pense que c’est même un devoir pour une université financée par de l’argent public.

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Ton expérience au GIGA t’a-t-elle été utile dans ton nouveau boulot ?

Le développement durable, c’est de l’innovation et de l’expérimentation. Il s’agit de faire autrement qu’avant, en mieux, pour répondre aux critères de la durabilité. En résumé, c’est choisir de développer les productions et activités de notre société de façon qualitative, en visant des impacts positifs pour la santé humaine et planétaire. Cette nouvelle trajectoire nécessite de la créativité et l’alliance de différentes disciplines et acteurs pour traiter avec efficacité des problématiques complexes avec une vision systémique. Le courage d’élargir la vision du problème et d’oser expérimenter d’autres façons de faire sont essentiels. Je pense qu’une bonne dose d’optimisme et de détermination sont très utiles, sans oublier l’humilité qui nous permet d’avancer en s’appuyant sur la critique constructive et soutenante.

Ma première expérience professionnelle au GIGA m’a beaucoup aidée, à plusieurs niveaux. Tout d’abord nos projets dans la biomimétique moléculaire reposaient sur beaucoup de créativité. J’ai énormément appris dans le mélange des sciences et des acteurs, venant de l’université et du monde industriel. J’adore développer une solution en combinant diverses expertises. Aujourd’hui, je m’appuie en permanence sur mon background scientifique. En tant que chercheur, on se place dans une démarche d’expérimentation et une position d’humilité avec une constante remise en question et l’écoute des conseils et idées d’experts. Pour aller de l’avant avec des projets qui visent à atteindre les objectifs de la durabilité, il est nécessaire de s’allier des experts adéquats pour orienter, conseiller, valider nos propositions. Nos experts à l’ULiège répondent toujours présents quand nous faisons appel à eux, c’est un atout précieux. Nous avons la chance de nous appuyer aussi sur un réseau d’experts externes. Enfin, mon expérience de pilotage d’une équipe de chercheurs au GIGA m’est très utile pour coordonner les projets au Green Office. Au GIGA j’ai appris à monter des projets, les gérer, aller chercher des financements, trouver les bonnes personnes pour une problématique donnée et travailler en équipe. J’ai de la gratitude pour tout ce que mes mentors au GIGA m’ont transmis. Cela m’aide beaucoup aujourd’hui. Je revois régulièrement mes anciens collègues du GIGA, une amitié d’une trentaine d’années nous unit.

Qu'aimes-tu le plus dans ce nouveau secteur ?

Le développement durable fait intervenir toutes les sciences. J’aime me nourrir de ces sciences variées et à partir de là, aller d’une idée à son développent en projet concret. C’est un vrai plaisir de proposer des idées à l’équipe et de les développer ensemble. Nous formons une équipe très complémentaire. L’équipe est très motivée et très bien entourée aussi. En effet, le développement durable est une voie qui vise le bien commun. Naturellement, il y a donc énormément de collaboration dans ce domaine, j’aime beaucoup cela aussi ! Nous avançons dans une vraie démarche collaborative en alliant d’autres acteurs et en partageant autant que possible nos projets et bonnes pratiques. Et puis j’aime beaucoup les étudiants qui viennent au Green Office. Ils sont motivés, curieux, contents de s’engager, d’agir et de donner plus de sens à leurs études à travers la participation à des projets concrets. C’est un vrai plaisir de leur transmettre tout ce que je crois important pour développer des projets à impacts positifs pour la durabilité. Enfin, je suis consciente d’avoir la chance d’être en liens et d’avancer avec beaucoup de belles personnes (Professeurs, Change Marker, …) unies pour une même cause. Leurs réalisations me donnent de l’espoir et m’inspirent. L’espoir, c’est une source d’énergie positive, elle est vitale pour le changement !

De quoi es-tu la plus fière dans ta carrière ?

Je ne sais pas si c’est de la fierté ; en tout cas ce qui me rend heureuse et me touche le plus, ce sont les étudiants qui sont passés par le Green Office et qui me remercient de ce que je leur ai apporté. Cela me touche beaucoup. Si nous, les adultes, nous pouvions être des milliers à accompagner les jeunes, leur donner des clés pour développer efficacement leurs projets à impacts positifs pour le monde, en leur partageant des connaissances et notre expérience en développement personnel et leadership, ce serait formidable. Parce que c’est la voie que je vois pour construire un monde meilleur : les adultes transmettent aux et accompagnent les jeunes dans la nécessaire transformation de notre société. J’adore les jeunes avec qui je travaille et ils le savent. J’ai une relation particulière avec eux. Je dois bien avouer que je n’avais pas cette qualité de relation dans ma carrière de recherche. Je ne me sentais pas pleinement alignée sur ma voie. Je culpabilisais parce que je savais que je ne donnais pas le meilleur de moi. Je suis capable d’apporter plus aux jeunes maintenant, parce que je suis passionnée par les projets qu’on développe et la finalité visée.

Je suis heureuse aussi des différents prix belges et internationaux que l’équipe et moi avons reçus avec nos projets au Green Office. Cette reconnaissance nous donne confiance et nous pousse vers l’avant.

Quels étaient pour toi les principaux points positifs du GIGA ?

Cette volonté d’ouvrir les portes pour créer des ponts entre les chercheurs, ça me paraît essentiel. Je crois très fort à la force du collectif. Plus on allie des cerveaux, plus on est impactant ; le GIGA est une force de frappe. C’est un gros centre qui a su aussi conserver l’individualité des équipes. Les gens n’ont pas été dissout dans la masse et c’est une bonne chose aussi. Le rapprochement de la recherche avec l’hôpital me paraît essentiel.

Au niveau logistique, la mutualisation des équipements est parfaite dans une optique de développement durable. J’espère que bien vite le GIGA sera un exemple pour le recyclage des plastiques de laboratoire.

Je pense qu’aujourd’hui l’urgence appelle les chercheurs à aller un pas plus loin en s’engageant aussi dans les débats importants pour l’avenir sanitaire de notre société. Cela me semble être une question de bon sens et d’efficacité dans la gestion des problèmes. Prenons l’exemple du cancer. Bien entendu il faut trouver des traitements efficaces contre le cancer et en même temps, il faut s’engager pour réduire les molécules qui sont à la source des dysfonctionnements cellulaires, tels que certains polluants qui s’accumulent dans notre environnement et contaminent notre air, nos aliments et notre eau. Les chercheurs doivent monter au créneau massivement, il faut le faire pour nous et les générations qui nous suivent. C’est vital ! Le monde a changé, le métier de chercheur doit être repensé et adapté pour être en mesure de contribuer pleinement à la recherche des solutions aux défis majeurs de ce siècle en bouleversement.

Que donnerais-tu comme conseil à un jeune qui commence une thèse ou un postdoc au GIGA ?

On me demandait souvent de coacher les étudiants pour préparer leur passage devant le jury pour la bourse FRIA.  Chaque année, je leur posais toujours la même question « votre bourse va être financée par de l’argent public, qu’est-ce que votre projet de doctorat va apporter à la société ? ». Pour moi, c’était la question essentielle. Je pense effet qu’on ne fait pas de la recherche pour la beauté de la recherche mais pour faire avancer le monde. C’est une chance et une vraie responsabilité ! Il faut évaluer son projet par rapport à cet angle parce que si c’est un projet à impact positif pour l’Humanité, les jeunes en seront fiers et le porteront loin car la question du sens est très importante dans notre travail. On parle de plus en plus du concept de One Health  qui est un concept clé du développement durable. One Health, une seule santé, signifie une santé qui intègre la santé de l’environnement, des humains et des animaux.  La bonne nouvelle c’est que l’ULiège s’engage dans cette voie avec des chercheurs et professeurs qui proviennent de différentes facultés et qui travaillent ensemble sur des projets communs. Je pense que les jeunes qui commencent une thèse au GIGA devraient dès à présent chercher à comprendre en quoi leur projet contribue au One Health (la personne de contact pour l’initiative One Health à l’ULiège est le Professeur Nicolas Antoine-Moussiaux). Il s’agit de réfléchir à la valeur de leur projet de recherche avec une prise en compte d’un contexte plus large et donc forcément plus riche et d’identifier des pistes pour augmenter cette valeur. C’est ce que je leur souhaite en tout cas, une recherche riche de sens, guidée avec intelligence et aussi une conscience agrandie, pour orienter ses retombées pleinement en faveur du Bien Commun.

 

Citation

Un problème créé ne peut être résolu en réfléchissant de la même manière qu'il a été créé 

Albert Einstein

GREEN OFFICE

Vous voulez en savoir plus sur le Green Office ? Consultez leur site !
Vous pouvez aussi télécharger l'application Uni for Change (voir photo ci-dessus)

 

* C. Klöckner, 1 October 2013, Psychology, Environmental Science « A comprehensive model of the psychology of environmental behaviour—A meta-analysis»

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Episode #2 : Juliette Godin
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Episode #31 : Virginie Renoux
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modifié le 06/12/2024

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