Un nouvel espoir pour le traitement du lymphœdème
Une stratégie innovante pour traiter le lymphœdème a été découverte par l'équipe de recherche coordonnée par le Professeur Agnès Noel au sein du GIGA (Laboratoire de Biologie des Tumeurs et du Développement, Investigateurs du WELBIO-Walloon Excellence in Life Science and Biotechnology). Le lymphœdème est une affection chronique qui provoque un gonflement douloureux, généralement au niveau des bras ou des jambes. Leurs découvertes révolutionnaires, publiées dans la prestigieuse revue de biologie vasculaire « Circulation », ont permis d'identifier une cible moléculaire clé et de proposer une nouvelle thérapie qui a donné des résultats prometteurs dans un modèle préclinique.
Le lymphœdème résulte d'un dysfonctionnement du système lymphatique entraînant une accumulation de liquide, un gonflement (œdème), une inflammation et d'importantes modifications des tissus, ce qui peut provoquer des douleurs et une réduction de la mobilité. Il survient souvent après une intervention chirurgicale, une radiothérapie (notamment dans le cadre d'un traitement anticancéreux), une infection ou une blessure. Cette affection peut entraîner une gêne et une réduction de la mobilité et a un impact significatif sur la qualité de vie.
Au cœur de cette découverte se trouve un récepteur membranaire appelé uPARAP, qui joue un rôle crucial dans la formation des vaisseaux lymphatiques. Les chercheurs ont étudié l'influence de cette molécule sur le développement du réseau lymphatique et sa capacité à drainer l'excès de liquide.
«De manière surprenante, nous avons constaté qu'un réseau lymphatique plus complexe, de type labyrinthe, avec des vaisseaux ramifiés et tordus, atténuait le lymphœdème », explique Agnès Noel. En intégrant des tests de pointe et une modélisation mathématique, ils ont montré que le ciblage de uPARAP perturbait les connexions spécifiques entre les cellules, améliorant ainsi la capacité de drainage. Dans un modèle préclinique, l'élimination de l'uPARAP des cellules endothéliales lymphatiques a permis de réduire de manière significative le gonflement des membres et d'améliorer d'autres signes de lymphœdème tels que l'épaississement de la peau et le dépôt de graisse.
« Sur base de cette découverte, nous avons décidé de concevoir une thérapie innovante à base de gapmer pour bloquer l'ARNm de l'uPARAP, empêchant ainsi la production de la protéine», explique Agnès Noel. Cette approche a permis de favoriser la formation de ce réseau spécialisé en forme de labyrinthe et d'atténuer les multiples symptômes du lymphœdème.
Cette avancée ouvre de nouvelles perspectives pour le traitement du lymphœdème. Les prochaines étapes consisteront à optimiser la thérapie pour maximiser son efficacité et sa sécurité avant de développer un essai clinique pour évaluer son efficacité chez les patients atteints de lymphœdème.
Référence
Targeting uPARAP Modifies Lymphatic Vessel Architecture and Attenuates Lymphedema.
Gucciardo F, Lebeau A, Pirson S, Buntinx F, Ivanova E, Blacher S, Brouillard P, Deroye J, Baudin L, Pirnay A, Morfoisse F, Villette C, Nizet C, Lallemand F, Munaut C, Alitalo K, Geris L, Vikkula M, Gautier-Isola M, Noel A.
Circulation. 2025 Mar 4. doi: 10.1161/CIRCULATIONAHA.124.072093. Online ahead of print. PMID: 40035133
