Publication dans Nature Communications

À la recherche des causes cachées des maladies auto-inflammatoires indifférenciées



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©️ Shutterstock

Certains patients atteints de maladies auto-inflammatoires (MAI) restent difficiles à diagnostiquer en raison de la grande variabilité des symptômes, souvent peu spécifiques et communs à plusieurs pathologies. Pendant des années, ils peuvent présenter des épisodes de fièvre, une inflammation persistante, des douleurs articulaires et une fatigue importante, sans qu’aucune cause identifiable ne permette d’expliquer leur état. Ils sont alors classés comme atteints de MAI indifférenciées. 

Lorsque l’approche clinique atteint ses limites, il devient essentiel d’explorer d’autres pistes. L’identification de signatures immunitaires spécifiques apparaît aujourd’hui comme une voie prometteuse, comme le montre cette étude internationale publiée dans Nature Communications.

Ce travail repose sur une collaboration entre l’équipe du Pr Adrian Liston (Université de Cambridge), la KU Leuven et le Laboratoire de Rhumatologie du GIGA (ULiège, CHU de Liège), dont l’expertise en protéomique a été déterminante.

Les chercheurs ont analysé des échantillons sanguins de 36 patients atteints de MAI indifférenciées, en comparant leur profil immunitaire à celui de 58 volontaires sains et de 92 patients atteints de MAI diagnostiquées, tels que la maladie de Still, la fièvre méditerranéenne familiale et la maladie de Behçet. Ces échantillons ont été collectés par plus de 30 centres hospitaliers européens dans le cadre du consortium ImmunAID.

Une signature biologique enfin démontrée

L’une des grandes questions était de savoir si ces patients formaient réellement un groupe homogène, ou s’ils représentaient simplement un ensemble de situations cliniques atypiques.

La réponse apportée par l’étude est claire : ces patients partagent une signature immunitaire commune et cohérente.

En analysant les échantillons des 36 patients, les chercheurs ont mis en évidence une activation marquée de certaines populations de lymphocytes T, ainsi qu’une augmentation de protéines inflammatoires circulantes.

Ces résultats montrent qu’il ne s’agit pas d’un “diagnostic par défaut”, mais bien d’une entité immunologique objectivable, avec ses propres biomarqueurs.

«Le message fort de cette étude, c’est que ces patients présentent un signal biologique mesurable et reproductible. On passe d’une situation d’incertitude clinique à une caractérisation objective de la maladie», souligne Christophe Poulet, chercheur au Laboratoire de Rhumatologie (CHU et GIGA) et co-premier auteur de l’étude.

L’expertise protéomique du GIGA au cœur de la découverte

À Liège, les équipes du Laboratoire de Rhumatologie du GIGA et de la plateforme de protéomique ont réalisé l’analyse approfondie du plasma des patients par spectrométrie de masse.

Cette approche a permis d’identifier une série de protéines inflammatoires caractéristiques, confirmant de manière totalement indépendante les observations immunologiques obtenues par cytométrie. La convergence entre ces deux technologies constitue l’un des points forts majeurs de la publication.

«Le fait que la cytométrie et la protéomique aboutissent aux mêmes conclusions renforce considérablement la robustesse des résultats. Cela nous donne des biomarqueurs solides pour mieux comprendre et, à terme, mieux classifier ces patients», ajoute Christophe Poulet.

Une proximité inattendue avec la maladie de Still

L’autre découverte marquante montre que les patients atteints de MAI indifférenciées partagent des caractéristiques immunologiques importantes avec la maladie de Still, une autre MAI souvent diagnostiquée par les rhumatologues.

Les chercheurs ont observé chez ces patients plusieurs altérations immunitaires communes à celles décrites dans la maladie de Still, notamment la surexpression de CD38 et HLA-DR dans certaines populations de lymphocytes T. Cette proximité suggère l’existence de mécanismes immunologiques partagés et ouvre des perspectives thérapeutiques particulièrement prometteuses.

«Ce rapprochement avec la maladie de Still est une piste extrêmement stimulante. Si elle se confirme, elle pourrait nous aider à tester plus rapidement chez ces patients des traitements déjà éprouvés dans cette pathologie», explique Dominique de Seny, responsable du Laboratoire de Rhumatologie et co-dernière autrice de l’étude.

Réduire l’errance diagnostique

Aujourd’hui, face à certains patients atteints de MAI indifférenciées, le diagnostic repose sur un diagnostic d’exclusion, posé après de longs mois, voire plusieurs années d’investigations.

L’identification de biomarqueurs spécifiques ouvre la voie à de futurs outils capables de raccourcir ce parcours diagnostique, de mieux distinguer ou rapprocher ces patients d’autres MAI telles que la maladie de Still, et d’orienter plus rapidement vers la bonne prise en charge.

Au-delà de la publication, l’enjeu est donc très concret : améliorer la vie de patients souvent confrontés à une grande incertitude médicale.

Une visibilité internationale pour le GIGA

Cette publication dans Nature Communications met également en lumière le rayonnement international de l’Université de Liège, du CHU de Liège et du GIGA.

La collaboration étroite avec l’Université de Cambridge et l’équipe d’Adrian Liston, référence mondiale en immunologie, souligne la capacité des équipes du GIGA à contribuer à des projets européens de premier plan sur les maladies rares et systémiques.

Pour les patients, cette avancée représente surtout un signe d’espoir : celui de voir une maladie longtemps difficile à définir devenir enfin mieux comprise, mieux diagnostiquée et potentiellement mieux traitée.

Référence

Adult patients with autoinflammation of unknown origin partially phenocopy the immune presentation of Still's disease.

Veiga R, De Vuyst L, Poulet C, Neumann J, Bücken L, Prezzemolo T, Willemsen M, Vanderschueren S, Matthys P, Chabaane E, Fléron M, Cobraiville G, Baiwir D, Mazzucchelli G; Immunome Project Consortium for Autoinflammatory Disorders (ImmunAID); Fautrel B, Wouters C, De Seny D, Humblet-Baron S, Liston A. Nat Commun. 2026 Apr 1. doi: 10.1038/s41467-026-70895-1. Online ahead of print. PMID: 41917006

Contacts au GIGA

Dominique de Seny

Christophe Poulet

Publié le

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