Qui a dit qu’un ganglion lymphatique négatif n’avait rien à dire ?
Une étude menée par l'Université de Liège (GIGA Cancer) et le Centre hospitalier universitaire de Liège (CHU de Liège) montre que les ganglions lymphatiques para-aortiques jugés «non infiltrés par des cellules tumorales» lors des examens d'imagerie contiennent en réalité des informations essentielles pour aider à anticiper les récidives et améliorer le suivi des patients.
Dans le cancer du col de l’utérus localement avancé, même si les patientes reçoivent un traitement standard associant chimioradiothérapie et curiethérapie, près d’un tiers connaissent encore une rechute. Les médecins utilisent l’imagerie, notamment le PET scan, pour évaluer le risque, mais cet outil ne permet pas toujours de prédire avec précision l’évolution de la maladie.
Une nouvelle étude menée par l’Université de Liège et le CHU de Liège apporte un regard inédit sur une question simple mais essentielle : et si un ganglion présenté comme “normal” à l’analyse croisée de l’imagerie et de l’anatomopathologie était en réalité porteur d’informations clés ?
Quand un ganglion “sans métastase” en dit long sur la suite
Les chercheurs du LBTD (GIGA Cancer), en collaboration avec les médecins des services de gynécologie et oncologie du CHU de Liège, ont étudié des ganglions situés dans la région para‑aortique, prélevés chez 137 patientes au moment du diagnostic. Ces ganglions ne contenaient aucune cellule cancéreuse détectable. Pourtant, en analysant finement leur environnement immunitaire et la présence d’une inflammation locale, l’équipe a démontré qu’ils présentaient un “portrait immunitaire”, qui s’avère très prédictif de l’évolution de la maladie.
Deux profils de patientes, deux types de signaux à surveiller
Les résultats montrent que les ganglions para-aortiques présentent un profil immunitaire différent selon la présence ou l’absence de métastases ganglionnaires pelviennes détectées par PET scan. Dans les deux cas, une signature pronostique a été établie. Néanmoins, les biomarqueurs identifiés comme prédictifs de la rechute diffèrent considérablement d’un groupe de patientes à l’autre. Grâce à la combinaison de plusieurs de ces biomarqueurs, les chercheurs ont identifié des sous-groupes de patientes à haut risque de rechute.
Une avancée importante pour une médecine plus personnalisée
Sous la direction d’Agnès Noël (LBTD, GIGA Cancer, ULiège) et de Frédéric Kridelka (Service de Gynécologie, CHU de Liège), cette étude révèle que les ganglions para‑aortiques, même lorsqu’ils semblent normaux, peuvent orienter très tôt les décisions médicales.
Jusqu’à présent, l’analyse des ganglions se limite à la recherche de cellules tumorales. Mais ceux-ci contiennent d’autres informations utiles qu’il serait bon d’exploiter. En combinant les résultats du PET scan et l’analyse immunitaire du ganglion, l’équipe a élaboré un modèle prédictif permettant de :
- mieux identifier les patientes à haut risque de rechute,
- proposer une surveillance plus rapprochée lorsque c’est nécessaire,
- envisager des adaptations de traitement pour celles qui en auraient le plus besoin.
« Nos résultats montrent clairement qu’un ganglion para-aortique considéré comme négatif peut en réalité livrer des informations déterminantes. En combinant son profil immunitaire au PET scan, nous pouvons affiner la prédiction du risque et personnaliser davantage la prise en charge des patientes. Notre étude positionne donc le ganglion négatif comme un nouvel outil pronostique pour les cliniciens. » expliquent Louis Baudin et Léa Zanella, doctorants au LBTD.
Cette recherche illustre l’importance du lien étroit entre recherche fondamentale et pratique clinique : c’est en travaillant ensemble que les équipes du GIGA et du CHU Liège peuvent faire progresser la prise en charge des cancers féminins.
Référence
Contact
Les auteurs remercient l’ensemble des collaborateurs ayant participé à cette étude :
Alizée Lebeau, Clémence Pleyers, Noémie Gubbels, Silvia Blacher, Laurence Seidel, Athanasios Kakkos, Frédéric Goffin, Pierre Lovinfosse, Christine Gennigens, Sébastien Pirson, Frédéric Kridelka et Agnès Noël.
Ce projet a été financé par le FNRS, le FWO/FNRS-EOS, le Télévie, la Fondation belge Contre le Cancer et la Fondation Léon Fredericq.
