Ferroptose et transplantation : une piste prometteuse pour améliorer les greffons
Améliorer la qualité des organes destinés à la transplantation constitue un défi majeur en médecine moderne. Une étude internationale publiée dans Cell met en lumière le rôle d’un mécanisme encore peu connu : la ferroptose. Parmi les auteurs figure Nicholas Gilbo, médecin au département de chirurgie et transplantation du CHU de Liège et chercheur au CREDEC (GIGA).
La ferroptose, un mécanisme clé encore méconnu
La ferroptose est une forme particulière de mort cellulaire, différente des mécanismes plus connus comme l’apoptose. Elle est liée à une accumulation de fer et à une dégradation des lipides dans les membranes cellulaires, entraînant des dommages irréversibles.
Dans le contexte de la transplantation, ce phénomène pourrait jouer un rôle déterminant. Lorsqu’un organe est prélevé puis transplanté, il subit un stress important, notamment un manque d’oxygène suivi d’une reperfusion, qui favorise ce type de dégradation cellulaire.
« La ferroptose représente un mécanisme clé pour comprendre pourquoi certains organes se détériorent avant même d’être greffés », explique Nicholas Gilbo.
Un levier pour améliorer la qualité des organes
L’étude montre que mieux comprendre et contrôler la ferroptose pourrait permettre de préserver la qualité des greffons. En limitant ces processus de dégradation, il serait possible de rendre utilisables des organes aujourd’hui considérés comme trop fragiles.
Cela ouvre des perspectives concrètes : optimiser la conservation des organes, améliorer leur fonctionnement après transplantation et potentiellement augmenter le nombre de greffes réalisables.
« L’enjeu est d’intervenir au bon moment, sur les bons mécanismes, pour protéger l’organe avant qu’il ne soit transplanté », souligne Nicholas Gilbo.
Un modèle expérimental au service de multiples recherches
Au cœur de ces travaux se trouve un modèle porcin de perfusion hépatique particulièrement performant, qui reproduit de manière fidèle les conditions de la transplantation humaine. Au-delà de cette étude, ce modèle se distingue par sa grande polyvalence.
Il peut en effet être mobilisé dans de nombreux domaines de recherche : onco-hépatologie, hépatologie générale, toxicologie et pharmacodynamie, mais aussi tests de thérapies innovantes comme les cellules souches ou les cellules CAR-T. Il ouvre également la voie à des études sur le métabolisme ou sur les interactions entre le foie et des agents pathogènes.
Cette versatilité en fait un outil de choix pour développer de nouvelles collaborations, en rassemblant chercheurs fondamentaux et cliniciens autour de problématiques communes.
De la recherche fondamentale à l’application clinique
Cette avancée illustre parfaitement le lien étroit entre recherche fondamentale et pratique clinique. Grâce à l’implication d’un chirurgien-transplanteur comme Nicholas Gilbo, les découvertes biologiques peuvent être directement mises en perspective avec les besoins du terrain.
Au sein du CHU de Liège et du GIGA, cette approche intégrée permet de faire émerger des solutions concrètes pour les patients en attente de greffe.
Un enjeu majeur pour l’avenir des transplantations
Face à la pénurie d’organes, chaque avancée est cruciale. En ciblant la ferroptose, les chercheurs proposent une nouvelle stratégie pour améliorer la survie et la performance des greffons.
À terme, ces travaux pourraient transformer la manière dont les organes sont préparés et sélectionnés, en intégrant davantage les mécanismes biologiques qui conditionnent leur viabilité.
