Publication dans Journal of Experimental & Clinical Cancer Research

Éosinophiles et cancer : des alliés inattendus?



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©️ GIGA

Longtemps cantonnés à leur rôle dans les allergies et la défense contre les parasites, les éosinophiles, un type de globules blancs, suscitent aujourd’hui un intérêt croissant en cancérologie. Une publication récente menée par Marie Gilon, médecin assistante en oncologie et doctorante au GIGA, propose une synthèse des connaissances actuelles et met en lumière leur rôle complexe et parfois ambivalent dans le développement et le traitement des tumeurs.

Des cellules aux multiples visages

Traditionnellement considérés comme des acteurs de l’immunité « classique », les éosinophiles apparaissent désormais comme de véritables modulateurs du microenvironnement tumoral. L’analyse des études épidémiologiques suggèrent qu’ils pourraient jouer un rôle protecteur contre l’apparition de certains cancers. En revanche, une fois la maladie installée, leur impact sur l’évolution clinique varie fortement selon les types de tumeurs.

Cette dualité, largement décrite dans la littérature scientifique, intrigue les chercheurs : comment une même cellule peut-elle à la fois freiner et soutenir la progression tumorale ?

Une action directe… et indirecte

Les éosinophiles peuvent attaquer directement les cellules cancéreuses grâce aux protéines toxiques contenues dans leurs granules. Mais leur influence ne s’arrête pas là : ils participent aussi à la régulation de la réponse immunitaire en modulant le comportement d’autres cellules, comme les lymphocytes.

Les auteurs soulignent que les éosinophiles ne sont pas de simples cellules effectrices : ils participent activement à l’orchestration de la réponse immunitaire contre les tumeurs.

Cette interaction avec le microenvironnement tumoral pourrait expliquer leur rôle parfois contradictoire selon le contexte biologique.

Un biomarqueur prometteur en immunothérapie

C’est dans le domaine de l’immunothérapie que les éosinophiles pourraient jouer un rôle important. De nombreuses études montrent qu’une augmentation du nombre d’éosinophiles, avant ou pendant le traitement, est associée à une meilleure réponse aux inhibiteurs de points de contrôle immunitaire (checkpoint inhibitors).

Concrètement, les patients présentant une élévation de ces cellules tendent à avoir une survie prolongée. Mais cette activation du système immunitaire a aussi un revers : elle s’accompagne d’un risque accru d’effets secondaires.

Les auteurs indiquent aussi que leur mesure pourrait, à terme, aider les cliniciens à mieux sélectionner les patients et à anticiper la réponse aux traitements.

Cette revue, à laquelle, ont contribué Christine Gennigens (Oncologie, CHU), Claire Josse (Laboratoire de Génétique Humaine, GIGA et CHU), Vincent Bours (Laboratoire de Génétique Humaine, GIGA et CHU) et Guy Jerusalem (Oncologie, CHU), illustre le potentiel des éosinophiles comme futurs outils en oncologie.

Une recherche à l’interface entre laboratoire et clinique

Ce travail de synthèse, porté notamment par les équipes des Service d’Oncologie du CHU de et de Génétique Humaine du GIGA illustre l’importance du dialogue entre recherche fondamentale et pratique clinique. La collaboration étroite entre les équipes des deux institutions permet de relier observations biologiques et réalités du terrain, un atout essentiel pour faire émerger de nouveaux outils diagnostiques et thérapeutiques.

Des défis encore à relever

Malgré ces avancées prometteuses, plusieurs défis persistent avant une application clinique généralisée. La variabilité des effets selon les types de cancer et le manque de standardisation des mesures compliquent encore l’interprétation des résultats.

Les chercheurs poursuivent leurs travaux pour mieux comprendre les mécanismes impliqués et exploiter pleinement le potentiel des éosinophiles, que ce soit comme biomarqueurs ou comme cibles thérapeutiques.

À la croisée de l’immunologie et de l’oncologie, ces cellules longtemps sous-estimées pourraient bien devenir des acteurs clés des stratégies anticancer de demain.

Référence

 

Eosinophils in solid cancers: sentinels, predictors, and therapeutic allies
Marie Gilon, Delphine Boulet, Vincent Bours, Guy Jerusalem, Claire Josse, Christine Gennigens
J Exp Clin Cancer Res, 2026 Mar 12;45(1):100. doi: 10.1186/s13046-026-03688-5.

Contacts au GIGA

Claire Josse

Marie Gilon

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