Life after GIGA #17 Jonathan Cimino

Mai 2022


Pas besoin d'être à l'autre bout du monde pour travailler à l'étranger. Après une thèse menée conjointement dans 2 laboratoires du GIGA (LBTD - Agnès Noël et laboratoire de spectrométrie de masse - Edwin De Pauw), Jonathan part travailler quelques mois à Boston où il attrape le virus des études cliniques. Il rejoint alors Artialis, puis le Luxembourg Institute of Health (LIH) avant de créer l'unité de recherche clinique au sein des Hôpitaux Robert Schuman au Luxembourg. Cette unité a pour objectif de centraliser et renforcer la gestion des projets de recherche, de faciliter la recherche de nos médecins et d’établir et renforcer les collaborations avec les instituts de recherche luxembourgeois et internationaux.

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Life after GIGA", une nouvelle série que vous retrouverez un vendredi sur 2 sur notre page facebook ou notre compte instagram. Le but de ces portraits est de prendre des nouvelles des "anciens" mais aussi de montrer la diversité des parcours après un passage au GIGA. Vous pourrez lire l'interview de personnes travaillant désormais à l'étranger (de manière temporaire ou définitive), de personnes travaillant dans d'autres universités ou dans le privé. Aujourd'hui, nous partons au Luxembourg à la rencontre de Jonathan Cimino, responsable de l'unité de recherche clinique des Hôpitaux Robert Schuman.

Update - Août 2024

Après 6 ans passés au Luxembourg, Jonathan Cimino est revenu en Belgique en novembre 2023 où il a pris ses fonctions en tant que Directeur Clinique de la Recherche pour les 3 hôpitaux de l’H.U.B (Hôpital Universitaire de Bruxelles qui comprend Erasme-ULB, L’Institut Jules Bordet et l’HUDERF). Son rôle stratégique est de fédérer, structurer et de développer la recherche clinique au travers des directions scientifiques, des laboratoires associés et des unités opérationnelles (CTCU-Clinical Trial Conduct Unit). Ceci, pour permettre aux 3 hôpitaux universitaires d’assurer une légitimité scientifique et pour le patient de pouvoir avoir accès, dans les meilleurs délais, aux dernières avancées thérapeutiques. La recherche menée au sein de l’H.U.B. génère chaque année en moyenne 1200 publications scientifiques et plus de 350 études initiées. Outre la structuration d’axes forts en recherche, son rôle est avant tout d’offrir un cadre centralisé et professionnel nécessaire tant à la conduite de la recherche académique que la recherche en partenariat avec l’industrie. En parallèle, Jonathan continue ses activités d’enseignement de recherche clinique à ULiège et à l’Université du Luxembourg.

Peux-tu te présenter et expliquer ta fonction actuelle ?

Je m’appelle Jonathan Cimino, j’ai 35 ans (eh oui… la vie estudiantine est maintenant bien révolue !) et je suis actuellement responsable de l’unité de recherche clinique au sein des Hôpitaux Robert Schuman (HRS). Il s’agit du plus grand groupe hospitalier du Luxembourg (703 lits), qui est né en 2014 de la fusion de la Clinique Bohler, de l’Hôpital Kirchberg, de la ZithaKlinik et de la Clinique Sainte Marie. Plus de 2 576 salariés dont 306 médecins sont sous statut libéral et prennent l’engagement d’assurer une prise en charge de haute qualité et un service personnalisé à forte composante humaine.

Cette unité de recherche clinique a pour objectif de centraliser et renforcer la gestion des projets de recherche, faciliter la recherche de nos médecins et d’établir et renforcer les collaborations avec les instituts de recherche du pays et d’ailleurs. Elle garantit également que tous les aspects juridiques, administratifs et financiers de chaque projet de recherche sont traités conformément aux réglementations en vigueur et en respectant les normes de qualité internationale.

En parallèle, j’ai la chance de poursuivre des activités académiques et d’intervenir en tant que Maître de conférences dans le Certificat Universitaire en Essais Cliniques, unique en Belgique francophone et au Luxembourg, qu’organise l’ULiège (Pr Dr Régis Radermecker, promoteur). Dans le même domaine, je dispense aussi un module de cours sur la méthodologie et la réglementation EU à l’Université du Luxembourg (Uni.lu) pour les futurs médecins.

Quel a été ton parcours avant de prendre la tête de l’unité de recherche clinique des Hôpitaux Robert Schuman?

Après avoir réalisé un Master en Sciences Biomédicales à ULiège, j'ai eu la chance d’obtenir une bourse de doctorat pour étudier les mécanismes de résistance mis en place par les cellules cancéreuses et le microenvironnement pour échapper à certains traitements anti-angiogéniques ciblés.

La particularité est que mon doctorat a été réalisé dans 2 laboratoires GIGA 100% complémentaires:

  1. Le Laboratoire de Biologie des Tumeurs et du Développement (LBTD, Pr Agnès Noel, Dr Nor Eddine Sounni) pour étudier et mettre au point les différents modèles biologiques de résistance.
  2. Le Laboratoire de Spectrométrie de Masse (Pr Edwin De Pauw, Dr Delphine Debois) pour mettre au point et analyser par protéomique/spectrométrie de masse les échantillons biologiques résultant des modèles de cancérologie expérimental mis au point au LBTD.

Nos recherches ont permis de découvrir un lien fort entre le métabolisme des lipides et la capacité des cellules cancéreuse à s’adapter aux traitements anti-angiogéniques ciblés. A l’époque, le métabolisme des cellules cancéreuses était un sujet complètement nouveau, ce qui rendait le sujet très excitant mais aussi challengeant. Ces quatre années de doctorat ont été extrêmement riches en publications scientifiques et surtout en rencontres scientifiques et humaines !

Dans la continuité du projet, j’ai eu la chance d’obtenir le prix Pierre Van Beirs pour mes recherches et d’intégrer pendant quelques mois le laboratoire du Pr Nathalie Agar (Harvard Medical School, Boston), sous la direction du Dr David Calligaris. Il s’agissait d’une recherche translationnelle en partenariat avec le Brigham and Women's Hospital. Le but de ce projet clinique pilote était d’analyser en tant réel des marqueurs lipidiques sur des biopsies de cancer en temps réel au sein d’une gigantesque salle d’opération (Advanced Multimodality Image Guided Operating-AMIGO). Ce fut une expérience réellement extraordinaire pour moi. Un choc des technologies et des pratiques translationnelles innovantes. C’est à ce moment-là que j’ai attrapé le virus des études cliniques. Pouvoir agir directement sur la pathologie et le bien être des patients. Voilà ce que je voulais désormais faire !

Une fois mon doctorat et un premier post doc en poche, j’ai quitté le monde universitaire et la recherche fondamentale pour le monde du privé et des essais cliniques. En parallèle, j’ai suivi des formations en affaires réglementaires et méthodologie puis j’ai intégré Artialis (Pr Yves Henrotin), une spin off de l'ULiège, qui fournit des services cliniques pour les firmes pharmaceutiques (méthodologie et design du protocole, sélection des sites cliniques, base de donnée, finance, statistique,..) et qui s'investit dans la détection et le traitement de l’arthrose et de la sarcopénie. C’est dans cette entreprise à taille humaine que j’ai fait mes armes en gestion des projets cliniques. Toute cette expérience m’aide encore beaucoup aujourd’hui. Un ambiance liégeoise à jamais gravée en moi !

J’ai ensuite eu l’opportunité de rejoindre le Luxembourg Institute of Health (LIH) en tant que chercheur clinique puis coordinateur clinique national (Clinical and Epidemiological Investigation Center-CIEC, Dr Manon Gantenbein). J’ai aussi été correspondant EU (sites cliniques en Belgique et au Luxembourg) pour les études académiques et multicentriques du réseau ECRIN (European Clinical Research Infrastructure Network), une magnifique expérience dans la coordination de grands projets et un passage obligé pour comprendre l’environnement particulier (éthique, réglementaire, intérêts nationaux, partenariats privilégiés,…) de la recherche clinique au Luxembourg. J’y suis resté un peu plus de 3 ans, avant de créer l’unité de recherche clinique des HRS avec le soutien et l’aide quotidienne du Pr Claude Braun (directeur médical HRS en charge de la recherche et de l’enseignement) et de Georges Heirendt (directeur de la Fondation Hôpitaux Robert Schuman).

Peut-on quand même dire que ta fonction actuelle reste dans la continuité de ce que tu as fait au GIGA ?

La formation académique reçue par l’ULiège et l’esprit scientifique développé au GIGA me servent quotidiennement pour évaluer les projets cliniques et rédiger des protocoles scientifiques à soumettre aux autorités compétentes même si la recherche clinique est un domaine beaucoup plus appliqué que la recherche fondamentale. Mes fonctions et mes responsabilités se sont fortement élargies notamment avec de la stratégie partenariale, la gestion des ressources humaines, la gestion d’activités très différentes allant des finances, à la communication en passant par les affaires réglementaires, l’éthique et la robustesse scientifique notamment.

Qu’apprécies-tu particulièrement dans ta fonction actuelle ?

J’adore la diversité de mon activité professionnelle !

Le développement de cette unité, c'est l'assurance pour notre hôpital d’assurer une légitimité scientifique et pour le patient de pouvoir avoir accès, dans les meilleurs délais, aux dernières avancées thérapeutiques. La recherche clinique permet aussi d’affiner la curiosité scientifique et de révéler les compétences de notre personnel soignant et constitue au final un moteur essentiel de la qualité des soins et de l’enseignement qu’on y prodigue.

Grâce à la forte implication de nos médecins, notre unité de recherche clinique est engagée, recrutant des patients dans des études cliniques interventionnelles (avec médicament ou dispositif médical) ou des études observationnelles, réalisées en interne ou en collaboration avec des partenaires industriels (firmes pharmaceutiques) et académiques nationaux comme le Luxembourg Institute of Health (LIH), le Laboratoire National de la Santé (LNS) ou encore l’Université du Luxembourg (Uni.lu) ou encore internationaux. 

C’est donc une fonction qui demande de la flexibilité et de l’efficacité, de la rigueur scientifique et administrative, une certaine éthique et un sens de la stratégie.

Des responsabilités aussi car je dois quotidiennement résoudre des problèmes… et rapidement apporter des solutions concrètes !

En quoi ton expérience au GIGA t’est-elle utile ?

Personnellement, avoir réalisé ma thèse de doctorat dans deux laboratoires GIGA différents a été fructueux à la fois pour nos recherches mais aussi humainement. Rencontrer des visions différentes avec des expertises scientifiques variées était extraordinaire. Je suis certain que mon goût pour la collaboration win-win et les partenariats stratégiques n’y sont pas étrangers… Aussi, une appétence pour la liberté d’entreprendre qui est si spécifique à l’environnement liégeois. Une indépendance dans les actions prises aussi. Une confiance et une liberté que m’ont témoigné mes deux promoteurs de thèse (merci aux Pr Agnès Noel et Pr Edwin De Pauw). Une autonomie dans l’action !

Que gardes-tu comme points positifs du GIGA ?

Pour moi, la grande richesse du GIGA est incontestablement son environnement pluridisciplinaire. Un immense laboratoire vivant, avec des experts et des plateformes techniques, une animalerie et des milliers de compétences ouvertes, tant sur le milieu académique que sur le privé. Des échanges entre les groupes de recherche et aussi entre les doctorants, les techniciens, les étudiants. Une ouverture d’esprit aussi. Je suis d’ailleurs toujours en contact avec l’ULiège pour des projets d’enseignements (certificat en essais cliniques) et aussi des stratégies de recherche institutionnelles avec la faculté de médecine.

Tu travailles au Luxembourg. Est-ce que l’environnement professionnel te semble différent par rapport à la Belgique ? Quelles y sont les opportunités dans le domaine scientifique ?

Le Luxembourg est un pays à taille humaine avec de nombreux atouts : une multiculturalité, un emplacement géographique stratégique au carrefour de l’EU pour le business, un marché de l’emploi attractif et surtout de nombreuses opportunités d’évolution professionnelle.

Le Luxembourg est un pays encore trop méconnu dans le domaine de la recherche et de l’innovation. Pourtant ces deux domaines explosent depuis une dizaine d’années avec un investissement et un recrutement massif venant de partenariats public-privé. Une véritable évolution exponentielle de la recherche clinique et de la biobanque est en cours dans les hôpitaux du pays, et ce, de concert avec les nombreux centres de recherche du pays ainsi que l’Université. Des centres de recherche translationnelle notamment dans le domaine de la maladie de parkinson, du microbiome, du cancer et de la génétique révolutionnent d’avantage le paysage de l’innovation. De par la fiscalité avantageuse, beaucoup de CRO, de startups liés à la digitalisation ou à la santé connectée viennent s’installer et développer leur produits au Luxembourg. Ce qui rend l’environnement de la recherche et de l’innovation extrêmement stimulant !

Comment te vois-tu évoluer dans les prochaines années ?

La création de cette unité de recherche clinique est encore récente. Quotidiennement, je travaille avec les différents intervenants, à la faire évoluer avec de nouveaux projets cliniques, de nouveaux partenariats. C’est en quelque sorte un « gros bébé » que je veux voir grandir.

Rendez-vous dans 10 ans !

 

 

Jonathan est aussi auteur... il a écrit un premier roman de SF : https://libre2lire.fr/livres/oxydo-reduction/

 Couv-Oxy-1e-LR   Couv-Oxy-4e-LR

Oxydo-Reduction

 

Vous avez aimé cette interview? Retrouvez un nouveau portrait un vendredi sur 2 ! Je vous donne donc rendez-vous vendredi 27 mai pour le portrait #18 !
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LIENS POUR CHAQUE EPISODE

Episode #1 : Xavier Rambout
Episode #2 : Juliette Godin
Episode #3 : Nicolas Gillet
Episode #4 : Adeline Deward
Episode #5 : Maximiliano Figueroa
Episode #6 : Mélanie Mestdagt
Episode #7 : David Bergemann
Episode #8 : Bernadette Marcq
Episode #9 : Sébastien Bontems
Episode #10 : Emily Gengoux
Episode #11 : Nicolas Caron

Episode #12 : Marie Toussaint
Episode #13 : Nicolas Bovy
Episode #14 : Sarah Wannez
Episode #15 : Victor Tchemtchoua Tateu
Episode #16 : Julie Crèvecoeur

modifié le 01/08/2024

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